Textes

Cliquez pour agrandir l'imageCarole Andreani - pour Catalogue Galerie Collection - 2008

Pascale Beauchamps a fait du galet un matériau d'expression à part entière (...). À partir de graphismes amples et subtils jouant sur les variations des couleurs de la pierre et des reliefs du galet, elle développe un vocabulaire formel de volumes simples, cercles ou ellipses, structurés par quelques lignes de force, alignés parfois en perspectives étendues. Arches, Macles, Cercles dressés, Sphères et grands Tores apparaissent ainsi comme des oeuvres réconciliant l'artifice et la nature, non loin du Land Art.
Cliquez pour agrandir l'imageMartine Lebas - pour Les Halos de pierre - Aubais - 2008

Celui qui regarde entre dans le silence, et le silence s'est arrêté là, captif de la pierre...
le silence, comme une empreinte de lumière au coeur lourd des choses.
Cliquez pour agrandir l'imagePatrick Macquaire - 2007
  Pascale Beauchamps, un voyage dans la pierre…

  Pascale Beauchamps aime les galets. Elle ne se contente pas de les aimer. Elle attend en retour ce supplément d'affection, ce secret qu'ils contiendraient, ce message mystérieusement enfoui au cœur même de la pierre, " un dessin, petit, caché…un signe…qui peut être, dit le Clézio, qu'elle cite souvent, transformera le monde ".

  Il y a, dans le monde de Pascale Beauchamps, comme dans celui de beaucoup de mosaïstes, la nostalgie d'un univers à jamais enfoui dans le désordre du monde. Un univers qui échappe à l'homme et dont le galet qui roule sous la vague témoigne à jamais.. Seule, au pays des merveilles, elle serait tentée de suivre le galet, comme Alice le lapin, de se glisser dans la vague, à sa suite, à la recherche de ce pays mystérieux où tout est ordre et plénitude, vers un monde enfoui à jamais sous l'océan de nos regrets, cité d'Is où le roi Gralon tente encore de contenir l'océan.

  Les galets ont choisi de fuir. Ils se coulent dans les rivières. Ils vont de plage en plage, éternels nomades d'une nation disparue. Ils témoignent de ce que la nature attendait de nous. S'ils se laissent approcher, c'est parce qu'ils se savent reconnus. La main qui les saisit les remet à la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter, dans cette harmonie qu'ils ont perdue. Dans le geste de Pascale, il y a l'intuition, cet instant de complicité qui les apprivoise et leur fait accepter la mosaïque, ce pays fait  pour eux.

  " Le message qui peut-être transformera le monde ?". Les galets disent à Pascale que c'est à elle de l'écrire, que c'est son geste qui le contient. Les mosaïstes refont le monde, un monde de pierre qui s'envole dans la lumière. Pascale le saisit dans chacun des galets qu'elle tient dans sa main. Elle en arrête le mouvement, dans un geste qui contient son propre secret.

  Il suffit de regarder ses pierres dressées, ses mystérieuses sphères, ses géodes, véritables vaisseaux de pierre, pour comprendre qu'elle n'a pas renoncé au voyage. Elle envoie des messages à la gravitation universelle, au cosmos. Elle n'est pas allée aux galets. Les galets sont allés à elle, comme pour rejoindre une nouvelle arche de Noé. Ils attendent serrés sur des vaisseaux mystérieux, invincible armada ancrée dans la lande. Ils attendent le signe. Ils attendent ce moment où la brume se lèvera pour rejoindre le pays des galets.

  Les pierres dressées, les pavements de Pascale, montrent le chemin. Pascale nous dit qu'elle aime arpenter les rivières de galets "  à la recherche sans doute du secret dont nous parle le Clézio " . Les galets lui disent qu'elle doit rentrer, sans tarder. Ils l'attendent à l'atelier. Peut-être le secret, la carte, sont-ils déjà sur la table. Il faut lever l'ancre, vite, la marée n'attend pas.

  Le monde que Pascale construit est un monde de paix entièrement négocié avec la nature. Elle a, pour l'essentiel, renoncé à l'outil qui brise la matière et la soumet. Point de tranchet, ni de marteline. Elle aligne les séries, cherche le mouvement. Les pierres qu'elle rencontre en chemin ne quittent leur trajectoire initiale que pour délivrer un message d'équilibre et d'harmonie. Elle les prend. Elle refuse de les jeter. Elle refuse de les briser. Et plutôt que d'orchestrer quelque mystérieuse Intifada, elle les installe confortablement dans un lit de ciment. Elle les lie dans un état d'éternité.

    L'art de Pascale défie les usages habituels de la mosaïque. Elle se méfie de la rupture, négocie la césure et agence les angles saillants : elle étonne le monde des mosaïstes où on la reçoit comme si elle détenait quelque sésame mystérieux, un élixir glané près de chez elle, dans cette forêt de Brocéliande où le minéral et le végétal conduisent ensemble une mystérieuse résistance.. Elle fait la paix. En cela, elle traduit un bouillonnement longtemps contenu. Elle impose le silence, crée le mystère. On ne se demande plus si elle est une mosaïste. C'est une artiste.


                                                                                                Chartres le 24 octobre 2007


Cliquez pour agrandir l'imagePatrick Macquaire - pour Mosaïque, pierres et signes - Chapelle Saint-Eman - Chartres - 2004

Pascale Beauchamps installe son art "hors champ", dans des espaces nouveaux. Elle conjugue la mosaïque comme d'autres le "Land Art ". C'est dans la nature, aux sources du langage, qu'elle puise les signes qui manquaient à la mosaïque pour entamer son renouveau et s'ouvrir à de nouvelles perspectives.
Cliquez pour agrandir l'imageMartine Lebas

vertigineuse géométrie que celle de l'émotion,
celle que dessinent les lignes sombres et lumineuses des galets,
celle qui s'écrit dans les griffures du ciment,
celle qui s'enroule au parcours du regard...
Cliquez pour agrandir l'imageMartine Lebas

miroitements des galets
et des émaux d'or,
rythmes des mosaïques,
entrelacs, rosaces,
vibrations des couleurs,
des nuances brune, ocrées,
terre de Sienne...
adoucies par des éclats de vert,
de bleu...
alchimies étranges des matériaux qui se confondent et s'exaltent,
où les ciments ont la sensualité
du bois,
où la pierre a la clarté veinée
du marbre...
objets où la main irrésistiblement se pose, où l'oeil s'égare...